lundi 28 juin 2010

Nouvelles accusations de corruption contre les autorités afghanes


Selon les enquêteurs, de hauts responsables afghans et l'entourage du président Hamid Karzaï seraient impliqués dans ces détournements.

Plus de 3 milliards de dollars (2,4 milliards d'euros) ont quitté illégalement l'Afghanistan au cours des dernières années, dans un pays gangrené par le trafic de drogue et la corruption, révèle le Wall Street Journal, lundi 28 juin. Selon le quotidien américain, cet argent liquide – qui représente plus que les impôts et les taxes douanières récoltés annuellement par le gouvernement afghan – a été officiellement déclaré avant d'être chargé dans des valises ou des palettes à bord de vols au départ de l'aéroport de Kaboul.

Selon les enquêteurs, l'argent détourné provient en partie de projets humanitaires financés par des ONG occidentales et de contrats passés par les forces de la coalition et de l'OTAN présentes dans le pays pour assurer leur sécurité et des travaux de reconstruction. Des dollars américains, des riyals saoudiens, des roupies pakistanaises, des couronnes norvégiennes et même d'anciens deutschmarks échangeables contre des euros ont ainsi été détournés vers l'étranger. Une autre partie de l'argent viendrait du commerce de l'opium, ainsi que du racket et de la vente de drogue auxquels se livrent les talibans.

DE HAUTS RESPONSABLES SOUPÇONNÉS

De hauts responsables afghans et l'entourage du président Hamid Karzaï, en particulier son frère et son vice-président, Mohammed Fahim, seraient impliqués dans ces détournements. Les deux hommes nient toute implication.

De son côté, le Washington Post révèle que des responsables du gouvernement afghan ont régulièrement entravé des enquêtes sur des opérations de corruption. Ils ont notamment poussé les enquêteurs à négliger des preuves à l'encontre de cadres d'entreprises financières soupçonnées d'avoir facilité des transferts d'argent illégaux vers l'étranger, selon le journal.

Ces soupçons ont alimenté les ressentiments de la population à l'égard du gouvernement, soutenu par Washington, et renforcé la popularité des talibans. Les Etats-Unis sont face à une guerre "plus dure et plus lente qu'anticipé" en Afghanistan, malgré les coups portés à Al-Qaida, a estimé dimanche le directeur de la CIA, Leon Panetta, sur la chaîne ABC.
LEMONDE.FR avec AFP et Reuters

Les acquisitions de terres agricoles peuvent être bénéfiques pour les investisseurs, sans nuire aux paysans


Une ferme d'élevage, dans le nord du Brésil.

Face à l'ampleur que prend le phénomène des cessions de terres agricoles dans les pays en développement, la nécessité d'encadrer ces investissements se fait de plus en plus pressante, au sein des organisations internationales. A la fois pour favoriser des projets "responsables", et pour freiner l'accaparement de terres dérivant de logiques financières de placement ou de spéculation.

"Encourager les pratiques responsables est indispensable si l'on veut que ces investissements participent à la stratégie de sécurité alimentaire mondiale", relève Vincent Chriqui, directeur général du centre d'analyse stratégique (CAS). Il devait, lundi 28 juin, remettre à la secrétaire d'Etat chargée de la prospective, Nathalie Kosciusko-Morizet, un rapport préconisant un cadre et des règles intitulé "Pour des investissements responsables dans les pays les moins avancés et les pays en développement".

"Nourrir huit milliards d'êtres humains en 2030 suppose un apport massif en capital dans les filières agricoles des pays du Sud. Ces investissements sont donc nécessaires. Mais, insiste M. Chriqui, s'ils ne relèvent que d'une logique court-termiste, spéculative, ils peuvent entraîner une paupérisation de la population rurale locale, des dommages environnementaux, sans contribuer à l'amélioration de leur sécurité alimentaire."

Dans une étude publiée le 22 juin et réalisée à la demande de la FAO et de l'Agence suisse pour le développement et la coopération (SDC), l'Institut international pour l'environnement et le développement (IIED) a exploré différents modèles de transactions "plus inclusifs". Ils s'inscrivent dans une logique "gagnant-gagnant", et pourraient ainsi être bénéfiques pour les petits agriculteurs locaux, protecteurs de leurs droits fonciers, tout en étant rentables.
Coopérative fermière, joint-venture, "contract-farming" (contrat de longue durée évitant l'achat de la terre et la disparition des droits d'usage), fermage, métayage, entrée de travailleurs locaux au capital... : il existe différents moyens pour un investisseur de s'inscrire dans une démarche partenariale. Aucune voie n'est valable en toutes circonstances. C'est le contexte local (régime foncier local, culture, histoire, situation biophysique, démographique...) qui doit déterminer le modèle d'organisation agricole, relèvent l'IEED comme le CAS. Leurs rapports insistent sur l'importance du pouvoir de négociation des petits agriculteurs locaux, et la nécessité de leur aménager un rôle dans la gouvernance des projets.

"GAGE DE SÉCURITÉ"

Pour favoriser ce type de démarche "gagnant-gagnant", le CAS préconise la création d'un label "Agro Investissement Responsable". Attribué par l'Union européenne (UE) ou un organisme international tel que la FAO, il s'appuierait sur la réalisation, par l'investisseur, d'études d'impact ex ante permettant d'évaluer les conséquences environnementales, économiques, sociales, et de sécurité alimentaire de son projet. "Elle serait un gage de sécurité pour le pays hôte, mais aussi pour l'investisseur, qui préviendrait ainsi les risques à long terme de conflits et de retours négatifs", relève M. Chriqui.

Le directeur du CAS insiste sur la nécessité d'aider les pays hôtes à se doter d'un cadre et d'une stratégie d'accueil clairs, et notamment d'une politique de gestion foncière respectueuse des usages et droits locaux. Un accompagnement destiné à renforcer leur capacité de négociation avec les investisseurs, mais aussi à leur permettre de sécuriser les investissements et de s'assurer qu'ils s'intègrent dans leurs politiques foncière, agricole et de sécurité alimentaire.

Le CAS en appelle à une "action déterminée" de l'UE, et de la France en particulier. Dans une logique de coopération et de transfert de technologies, Paris, voire Bruxelles, pourraient ainsi proposer aux pays qui accueillent des investisseurs européens de signer des accords de partenariat destinés à développer leur secteur agricole et à sécuriser les investissements. "La France, insiste le CAS, dispose d'une culture agroéconomique et de savoir-faire particuliers", en termes d'aménagement rural notamment, dont elle pourrait faire bénéficier les pays en développement.

Laetitia Van Eeckhout

dimanche 27 juin 2010

Numériser, avec Internet, sa vie privée

A la seule évocation du mot coffre-fort, une foule d'images surgit : on l'imagine caché derrière un tableau, installé dans le sous-sol d'une banque, en Suisse de surcroît... Mais si on lui accole l'adjectif "numérique", la vision soudain se brouille... A quoi cela ressemble-t-il ?

Le coffre-fort numérique est un espace sécurisé de stockage qui permet, avec Internet, de stocker ses documents sensibles, confidentiels ou importants. Passé la définition, il ne reste plus qu'à déterminer ce qui est archivable et auprès de qui s'adresser.

Un incendie, une inondation, voire un vol, peuvent engendrer une série de problèmes difficilement solubles : comment reconstituer une carrière lorsque l'on n'a plus aucune fiche de paie ? Comment obtenir des duplicatas de documents d'identité, de carnets de santé ou de livrets de famille ? Comment justifier, auprès des assureurs, la valeur d'un objet dérobé si on ne dispose d'aucune photo ni facture ? Le coffre-fort numérique est l'option idéale pour protéger toutes ces données, une fois numérisées.

La démarche n'est pas nouvelle : depuis l'apparition des scanners individuels bon marché, nombre de particuliers ont entrepris de dupliquer ces documents pour les archiver sur le disque dur de l'ordinateur du domicile. Principaux risques de cette sauvegarde familiale : l'incendie, le vol ou le crash du disque dur lui-même. Ce qui est en revanche nouveau, c'est la possibilité d'externaliser l'archivage de tous ces documents.

Les premiers sites sont apparus il y a quelques années, mais le succès n'a pas été tout de suite au rendez-vous. Les spécialistes voient au moins une raison pour expliquer ce démarrage timide : l'absence d'une véritable politique de dématérialisation des documents, officiels ou pas.
"Il suffit de regarder autour de soi, explique Christophe Houzé, responsable des projets Internet chez l'assureur MMA. Recevez-vous ne serait-ce que votre fiche de paie sur Internet ? Votre facture de téléphone portable, vos relevés de banque ? La réponse est souvent non !"

VISA ÉLECTRONIQUE

Trois mois après le lancement de son coffre-fort numérique, l'assureur MMA - peu disert sur le nombre de ses détenteurs - assure que les objectifs qu'il s'était fixés en termes de nombre d'utilisateurs sont atteints. Les deux tiers des souscripteurs - qui sont déjà des clients de l'assureur - bénéficient d'une capacité de stockage illimitée ; le dernier tiers, qui n'est pas assuré auprès de la compagnie, a une capacité de stockage limitée à 100 mégaoctets : "De quoi archiver une vie entière de bulletins de salaire", assure M. Houzé.

Le succès du lancement de ce coffre-fort tient sûrement à la gratuité de l'abonnement, mais aussi à d'autres aspects. Si, légalement, les documents archivés n'ont aucune validité juridique, ils bénéficient toutefois d'un visa, sorte d'imprimatur électronique attestant que le document a bien été stocké à une date donnée et n'a pas subi de modification par la suite. MMA prépare pour la fin de l'année une application pour l'iPhone et l'iPad

Si l'assureur a fait le choix de la gratuité, d'autres ont opté pour une version payante. Baptisé Protec'Fly, le coffre-fort numérique proposé par Air France, associé pour la circonstance à l'assureur Allianz, est vendu depuis le mois de mars 59 euros par an pour la version de base, c'est-à-dire avec un espace limité à 5 gigaoctets.

La Poste propose également un service payant, toutefois nettement plus abordable selon un tarif très simple : 1 giga de capacité égale 1 euro, 3 gigas 3 euros, 10 gigas 10 euros, etc. Les deux dernières formules garantissent même l'archivage avec une preuve de dépôt.

Une seule consigne : il faut être très vigilant sur le choix du prestataire et préférer des intervenants qui offrent de solides garanties. Nombre d'internautes se souviennent encore de la déconfiture du site français Foreversafe.com dont les abonnés ont dû récupérer leurs données en un temps record au risque de tout perdre...

François Bostnavaron

Combien de temps faut-il garder ses papiers ?

Si les factures de téléphone se conservent un an, celles des appareils électro-ménagers le seront pendant deux ans. Pour les impôts sur le revenu, les déclarations seront archivées trois ans, tandis que les justificatifs de règlement le seront pendant quatre ans. Les factures EDF-GDF pourront être jetées après cinq ans ; les correspondances avec le syndic et les charges de copropriété après dix ans. Les talons de chéquier seront gardés cinq ans ; les fiches de paie et contrats de travail, jusqu'à liquidation de la retraite. Pour les contrats de mariage, jugement de divorce ou d'adoption : à vie.

(Source : Service-public.fr)

Reporters sans frontières propose un kit pour surfer anonymement sur le Web


Un cybercafé à Fuyang, en Chine, le 15 janvier 2010.

Depuis quelques années, des associations de défense des droits de l'homme et des gouvernements occidentaux aident les dissidents politiques et les journalistes indépendants vivant dans des pays dictatoriaux à utiliser Internet sans se faire repérer par la police de leur pays, grâce à des solutions techniques plus ou moins efficaces.

A son tour, Reporters sans frontières (RSF) a mis en place un système baptisé "abri anti-censure" permettant d'envoyer des messages et de consulter des sites Web de façon anonyme et sécurisée. Pour cela, RSF a passé un accord avec Xerobank, société de sécurité informatique multinationale dont le siège social est au Panama. Celle-ci fournit des connexions sécurisées aux banques, aux entreprises, aux ONG et aux missions diplomatiques.

Grâce à ces revenus, elle a choisi d'offrir ses prestations gratuitement à des organisations méritantes. Bruno Delpeuc'h, responsable de Xerobank pour l'Europe, est fier de travailler pour une société aussi atypique : "Nous avons une branche commerciale et une branche philanthropique. Beaucoup d'entre nous ont un passé militant et nous avons conservé un esprit libertaire."

Xerobank offre une double protection. D'une part, les données envoyées par l'utilisateur sont cryptées ; d'autre part, avant d'atteindre leur destination, elles transitent de façon aléatoire par plusieurs routeurs installés aux Etats-Unis, au Canada et aux Pays-Bas, ce qui brouille les pistes. Xerobank va aussi renforcer son dispositif en se dotant de routeurs supplémentaires dans plusieurs pays européens, dont la France.

Quand un dissident ou un journaliste étranger séjournera à Paris, RSF pourra mettre à sa disposition une salle de travail comportant trois ordinateurs sécurisés. Puis, quand il rentrera dans son pays, il emportera une clé USB contenant un kit de connexion sécurisée et un logiciel spécial de navigation, qui ne laisse aucune trace chez les sites visités. De retour chez lui, il lui suffira de brancher la clé sur n'importe quel ordinateur pour se connecter au réseau Xerobank. Pour ceux qui ne voyagent pas, RSF peut envoyer discrètement des codes d'accès. La connexion sécurisée se fait via le site Web de Xerobank. Le système peut être installé sur un smartphone. Xerobank et RSF vont aussi pratiquer le refugee hosting (hébergement refuge). Il permet d'aider les blogueurs et journalistes sous surveillance à créer des sites échappant à la censure.

Rester discret

Livrés à eux-mêmes, ces dissidents ouvrent en général un blog chez un prestataire commercial étranger, mais leur situation y est précaire. La Chine ou l'Iran engagent des pirates informatiques qui lancent des attaques contre leur hébergeur. Souvent, les prestataires décident de se débarrasser de leurs encombrants clients et ferment leur compte.

Des associations occidentales prennent le relais, en offrant un hébergement chez un prestataire capable de résister aux attaques et aux menaces. Mais pour être efficace, le refugee hosting doit rester discret, car si cette forme d'aide s'ébruitait, les dissidents qui en bénéficient pourraient être accusés de collusion avec l'Occident - ce qui risquerait de détruire leur réputation dans l'opinion publique.

Pour les rebelles qui ne sont pas soutenus par RSF, l'abonnement à Xerobank coûtera 25 euros par mois.

Yves Eudes

Les Etats-Unis enfoncent le clou de girofle


Les "kreteks", les cigarettes aux clous de girofle, sont inscrits dans les traditions indonésiennes depuis le XIXe siècle.

L'Indonésie entend défendre bec et ongles ses "kreteks" jusque devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Car ces cigarettes aux clous de girofle, inventées vers 1880 par un certain Hadji Jamahri, asthmatique qui y trouvait un soulagement pour ses bronches, sont menacées de mort par les Etats-Unis.

Le 22 juin 2009, Washington bannissait toutes les cigarettes parfumées aux arômes, exotiques ou pas (à la cerise ou au chocolat), pour protéger la jeunesse contre le risque tabagique. A l'exception des cigarettes mentholées.

Djakarta a aussitôt demandé la raison de cet ostracisme sélectif qui menace 6 millions d'emplois dans le girofle, puisque 99 % des importations américaines de kreteks provenaient de l'archipel. Pourquoi le menthol est-il la seule fragrance à échapper à l'interdiction, alors qu'il est issu de la menthe, donc d'un végétal comparable au giroflier ? ont demandé les Indonésiens. Prouvez-nous que les teenagers américains fument plus de kreteks que de cigarettes mentholées ? Montrez-nous les études démontrant que les kreteks sont plus dangereux pour de jeunes poumons que les mentholées ? Ne serait-ce pas parce que celles-ci sont fabriquées aux Etats-Unis, ont-ils encore demandé.

Washington ayant fait le mort, Djakarta a saisi, le 7 avril, l'OMC de ce qu'il juge être une tricherie. Mardi 22 juin, les Etats-Unis ont bloqué provisoirement la procédure en prétendant qu'ils préparaient un rapport sur les effets du clou de girofle dont la présentation est prévue le 18 mars 2011.

Il faudra verser au dossier de l'OMC une autre pièce à conviction. Début juin, les agents recenseurs indonésiens ont découvert au fin fond de Sumatra une dame ridée comme une pomme, Turinah, qui prétend être âgée de 157 ans. En l'absence de papiers - brûlés durant la répression anticommuniste -, ils ont recueilli le témoignage de sa fille, elle-même âgée de 108 ans. Mais le plus important est que la centenaire et demi a déclaré avoir fumé toute sa vie des kreteks. Un bon point pour le clou de girofle, connu seulement jusque-là pour être souverain contre les rages de dents.

Alain Faujas

Le Fonds mondial de lutte contre les pandémies sollicite la générosité des pays émergents

Depuis des années, les donations pour lutter contre les grandes pandémies restent - et très largement - l'affaire des pays riches du Nord. La crise financière en Europe, conjuguée avec l'affirmation des pays "émergents", va-t-elle modifier la donne ? La Chine, par exemple, qui déploie toute une stratégie en Afrique pour ses enjeux énergétiques et commerciaux, pourrait-elle un jour se placer parmi les donateurs importants pour les efforts de -santé sur le continent noir ? Et le Brésil ?

Cette réflexion s'ébauche du côté du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Créé en 2002 à l'initiative de l'ONU et du G8, le Fonds aimerait frapper à d'autres portes que celles des pays traditionnellement contributeurs. L'arrivée du G20 (où siègent tous les pays émergents) dans le paysage de la gouvernance mondiale paraît un phénomène propice. Même si, pour l'heure, les questions de développement restent traitées au niveau du G8, comme le montrent les sommets G8/G20 organisés au Canada, du 25 au 27 juin.

Le Fonds s'est inquiété de voir tenues les promesses de ses grands donateurs du Nord. Il avait réuni en 2007 des engagements à hauteur de 10 milliards de dollars pour trois ans.

Il veut accroître l'effort, pro-posant différents scénarios pour la période courant jusqu'en 2013 : cela va de 13 à 17 ou 20 milliards, en fonction de ce que les Etats -voudront débourser.

"Evidemment, la situation est très difficile du fait de la crise financière et des problèmes de dette souveraine" dans les pays du Nord, commente par téléphone, de Genève, Stefan Emblad, chargé de la collecte de ressources.

Une goutte d'eau

Les Etats-Unis, premier contributeur du Fonds (à hauteur de 30 %), ont récemment confirmé qu'ils tiendraient leurs objectifs pour 2010. Le Congrès américain a approuvé les 1,05 milliard de dollars prévus. L'administration Obama avait au départ proposé une somme inférieure (900 millions), et elle propose de verser un milliard pour 2011. La France, deuxième contributeur (14 %), a également annoncé qu'elle tiendrait ses engagements pour 2010. Les Pays-Bas, après avoir envisagé des coupes, gardent le cap pour cette année. En revanche, l'Italie est en retard dans ses paiements.

Du côté des pays du Sud ou des "émergents", les contributions sont encore limitées. La Chine donne un ou deux millions de dollars par an. L'apport du Brésil est comparable. L'Afrique du Sud en -donne quelques centaines de milliers. Une goutte d'eau. "Les -sommes sont modestes, observe Stefan Emblad, un grand effort est déployé pour essayer de les accroître."

Le directeur du Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme, Michel Kazatchkine, devait récemment se rendre à Pékin pour plaider dans ce sens. La Chine est pour l'heure un pays bénéficiaire majeur du Fonds, pour la lutte contre la tuberculose. Le prochain rendez-vous est en octobre, quand le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon doit convoquer une conférence de donateurs.

Natalie Nougayrède

G8 : 5 milliards de dollars pour la santé maternelle et l'enfance

Les dirigeants de plusieurs pays du G8 réunis au Canada ont annoncé, vendredi 25 juin, des contributions totalisant 5 milliards de dollars en faveur de la santé maternelle et infantile dans les pays en développement. "L'exemple donné par les dirigeants du G8 a attiré des dons et des contributions d'autres pays (non membres du groupe) et de fondations pour plus de 2,3 milliards, ce qui donne au total 7,3 milliards de dollars", s'est félicité le premier ministre canadien, Stephen Harper. Ainsi, la fondation de Bill et Melinda Gates a promis 1,5 milliard de dollars, soit à elle seule plus que les Etats-Unis. Selon la Maison Blanche, Barack Obama s'est engagé à contribuer à hauteur de plus de 1,3 milliard de dollars à la lutte contre la mortalité infantile en 2010-2011. Le Canada fournira 2,75 milliards de dollars américains sur cinq ans. La Russie a promis 75 millions de dollars sur trois ans, selon un responsable moscovite. La France ne devait rendre publique sa participation que samedi 26 juin, a-t-on indiqué dans l'entourage de Nicolas Sarkozy. En 2008, 8,8 millions d'enfants sont morts avant l'âge de 5 ans.

Le bisphénol A interdit dans les biberons


Des bouteilles en plastique ne contenant pas de bisphénol A sont présentées aux Etats-Unis.

L'Assemblée nationale a définitivement approuvé, mercredi 23 juin, la suspension de la commercialisation des biberons contenant du bisphénol A (BPA). La proposition de loi du sénateur Yvon Collin (radical de gauche, Tarn-et-Garonne) visait initialement à interdire ce composé chimique, classé toxique pour la reproduction, dans tous les plastiques alimentaires, mais le Sénat en avait réduit le champ d'application aux seuls biberons.

"La fabrication, l'importation, l'exportation et la mise sur le marché à titre gratuit ou onéreux de biberons produits à base de bisphénol A" sont, selon la nouvelle loi, "suspendues jusqu'à l'adoption, par l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), d'un avis motivé autorisant à nouveau ces opérations".

Le 17 juin, la secrétaire d'Etat à l'écologie, Valérie Létard, avait demandé la réserve du vote. Cette procédure a écarté d'office les amendements non approuvés par le gouvernement. C'est le cas de celui proposé par Gérard Bapt (socialiste, Haute-Garonne), rapporteur de la proposition de loi, interdisant le BPA dans tous les plastiques alimentaires. Il fixait l'échéance au 1er janvier 2012, afin de laisser aux industriels le temps de mettre en place des solutions de substitution sûres.

Interdiction "insuffisante"

Le Canada, le Danemark ou le Costa Rica, ainsi que certains Etats américains, ont élargi l'interdiction à tout ou partie des plastiques alimentaires. Le bisphénol A est classé comme une substance jugée "préoccupante pour la fertilité de l'espèce humaine" en raison "d'effets toxiques possibles mais non démontrés sur la reproduction", rappelait l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), dans une expertise collective publiée le 3 juin.

La suspension de la commercialisation des biberons contenant du BPA est déjà prévue dans la loi dite "Grenelle 2", qui fera l'objet d'un vote solennel fin juin. Mais, lors de la réunion de la commission mixte paritaire sur ce texte, le rapporteur Bertrand Pancher (UMP, Meuse) avait fait adopter un amendement donnant jusqu'au 1er janvier 2011 pour mettre fin à cette commercialisation, avec l'argument suivant : "Sur les deux grands groupes fabriquant des biberons, un seul est capable de s'adapter immédiatement. Il convient d'éviter une situation de monopole et de laisser au second groupe un délai pour s'adapter." Il semble que Nestlé soit en retard sur Danone, qui s'est déjà converti aux biberons sans bisphénol A.

Onze des quinze membres du groupe Nouveau Centre se sont abstenus. Jugeant l'interdiction des seuls biberons "insuffisante", l'un d'entre eux, Jean-Luc Préel (NC, Vendée) a déclaré : "Nous voulons élargir l'interdiction." Pour sa part, Gérard Bapt a qualifié la mesure adoptée de "petit pas".

Valérie Létard a rappelé l'engagement du gouvernement, figurant dans la proposition de loi adoptée, de présenter un rapport au Parlement, "au plus tard le 1er janvier 2011, indiquant les mesures déjà prises et celles envisagées pour diminuer l'exposition humaine aux produits qualifiés de perturbateurs endocriniens".

Commentant le vote, le porte-parole du Réseau environnement santé, André Cicolella, a estimé que "cette décision est illogique. Il est en effet absurde de vouloir protéger les nourrissons nourris via les biberons et de ne pas se préoccuper des nourrissons nourris au lait maternel ou au lait maternisé". C'est aussi ce qu'indique un avis rendu par l'Afssa le 29 janvier.

Un appel européen, lancé par 41 ONG et 19 scientifiques, s'adresse à l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) en affirmant que "des mesures sont nécessaires pour réduire les niveaux d'exposition au BPA, en particulier dans les groupes les plus à risque, à savoir les jeunes enfants et les femmes enceintes". En France, la Ligue nationale contre le cancer a lancé sur son site une pétition pour obtenir l'interdiction du bisphénol A. En attendant, la Ligue demande "sans délai l'étiquetage "présence de bisphénol A" sur tous les produits contenant cette molécule".

Paul Benkimoun
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